Pour toi, l'actrice principale du dernier Disney



Oui, toi. Celle qui croyait vivre le rôle principal du dernier film de Disney. Tu sais très bien, oui. Celui où il y a une princesse, un prince pas toujours très prince, mais qui devient prince et jure de t’aimer éternellement? Oui, c’est ça. Le dernier film où c’est « happily ever after » pis toute. Tsé, un paquet d’enfants pis juste du bonheur. T’étais là. L’actrice principale.


On ne peut pas t’en vouloir, tout semblait idyllique. La « bonne » personne. Le « bon » gars. Si tu avais cru en l’astrologie, l’importance des signes zodiaques, l’influence des planètes, Dieu pis toutes ces patentes-là, ben toute bifurquait vers ton bonheur. Les astres étaient donc ben alignés, vos signes zodiaques fittaient comme jamais, Jupiter en sagittaire, la synchronicité pis toute. Tsé, on ne pouvait pas t’en vouloir.


L’amour. Me semble que c’était la première fois que tu ressentais ça pour vrai? Pour vraiment vrai? L’amour qui prend de la place dans ton cœur, dans ton être, dans ta tête. Tsé, il fait un peu mal partout? On dirait que cet amour-là vient avec un peu d’insécurité? Tu ne t’imagines plus respirer sans lui trop loin. Trop près, ton oxygène circule mieux dans ton corps. Tu oublies toute le « avant ». Le « avant » sa rencontre. Le « avant » votre premier baiser. Le « avant » votre premier dodo enlacé. Le « avant »… Il n’y a plus de « avant ». Tu ne veux plus de « avant ». Tu éblouis de « maintenant ». Pis ton « maintenant », c’est toute avec lui. Chaque milliseconde dans ton cœur, dans ta tête, dans toute.


C’était Disney. T’étais Jasmine. Elle flashe Jasmine. C’était Aladdin. Pas mal cute pis smathe Aladdin. Me semble que Disney durait depuis une couple d’années. Pis, t’étais convaincue, « croix de bois, croix de fer, si je mens, je vais en enfer », que c’était pour la vie. Pis tsé, peut-être post-vie sur terre. Pourtant, le prince était pas toujours prince. C’est tu moi ou la princesse était souvent triste, apeurée, inquiète? Une princesse, ça pleure souvent? Non. Me semble que tu ne tenais plus ce rôle principal-là depuis un boutte, mais tu le savais pas. Ouin, je sais. Le déni, c’est souvent notre meilleur ami. On aime ça. Tsé, ça fait moins mal. Pis le prince? Il est supposé être plus souvent qu’autrement pas gentil? Non, c’est ça. Le film était fini. Je sais. Le déni brillait.


J’ai vu, oui. J’ai vu que tu t’effondrais. J’ai même vu ton cœur se déchirer en deux. En trois même? As-tu l’impression qu’un morceau n’y reviendra jamais? Je l’ai vu ton cœur. Je ne sais même plus comment il pouvait encore effectuer son rôle dans ton organisme. Un infime morceau restant pour pomper tout ce sang t’aidant à vivre? Un miracle, je suppose. Parce que c’est plutôt après tout ce déchirement que ton cœur saignait sans cesse. Je te regardais. Me semble qu’aucun pansement ne tenait. Ça faisait juste saigner. Tout le temps. Toujours. Pour toujours? Le film était terminé. Avec toutes ces larmes, ce sang, cet état zombie, Disney avait pris le bord pis Stanley Kubrick avait pris toute la place. J’avais peur pour toi. Toi qui avais jamais vraiment aimé avant. J’ai vu, oui. J’ai vu que t’étais brisée. Endommagée pour toujours.


Mais t’es forte, tsé! T’as pu envie de travailler pour Disney pis je te comprends bien! Tu veux pu jouer, non. Mais tu vis. Tu vis superbement bien, d’ailleurs. Je te regarde pis je suis fière de toi. On n’aura jamais réussi à recoller les morceaux arrachés de ton cœur, mais le corps est tellement bien faite, tsé, il s’adapte et continue son travail sans. Je sais bien que rationnellement, tu t’amuses à dire que l’amour, c’est chimique. Un paquet de phéromones évacuées au bon moment devant la bonne personne. Juste une signature olfactive pour amener la reproduction. Tsé, à la base, nous ne sommes que des animaux. Oui, c’est ça, le cerveau reptilien. Je sais. Ça te fait du bien d’être over rationnelle. Ça fait moins mal.


Je voulais te dire que, dans ce cas, t’es mon animal favori pis je vais toujours être là pour toi…


Nathalie Dubeau-Racine


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